Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/192

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accepter les offres du roi. De grâce, Milord, ne vous servez plus de médiateur avec moi, & daignez être bien persuadé, je vous supplie, que ce que vous n’obtiendrez pas directement ne sera obtenu par nul autre. Madame de Boufflers semble oublier dans cette occasion le respect qu’on doit aux malheureux. Je lui réponds plus durement que je ne devois peut-être, & je crains que cette affaire ne me brouille avec elle, si même cela n’est déjà fait.

Je ne sais Milord, si vous songez encore à notre château en Espagne ; mais je sens que cette idée, si elle ne s’exécute pas, sera le malheur de ma vie. Tout me déplaît, tout me gêne, tout m’importune ; je n’ai plus de confiance & de liberté qu’avec vous, & séparé par d’insurmontables obstacles du peu d’amis qui me restent, je ne puis vivre en paix que loin de toute autre société. C’est, j’espère, un avantage que j’aurai dans votre terre, n’étant connu là-bas de personne, & ne sachant pas la langue du pays. Mais je crains que le désir d’y venir vous-même n’ait été plutôt une fantaisie qu’un vrai projet. Et je suis mortifié aussi que vous n’ayez aucune réponse de M. Hume. Quoiqu’il en soit, si je ne puis vivre avec vous, je veux vivre seul. Mais il y a bien loin d’ici en Ecosse, & je suis bien peu en état d’entreprendre un si long trajet. Pour Colombier, il n’y faut pas penser. J’aimerois autant habiter une ville. C’est assez d’y faire de temps en temps des voyages, lorsque je saurai ne vous pas importuner.

J’attends pourtant avec impatience le retour de la belle saison pour vous y aller voir, & décider avec vous quel