Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/213

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contre la partialité ; c’est par celui de ces deux effets qui doit l’emporter sur l’autre, qu’il est bon ou mauvais à publier.

Je ne vous connois point, Monsieur, j’ignore quel est votre sort, votre état, votre âge, & cela pourtant doit régler mon conseil par rapport à vous. Tout ce que fait un jeune homme a moins de conséquence, & tout se répare ou s’efface avec le temps. Mais si vous avez passé la maturité, ah ! pensez-y cent fois avant de troubler la paix dé votre vie ; vous ne savez pas quelles angoisses vous vous préparez. Pendant quinze ans, j’ai ouï dire à M. de Fontenelle que jamais livre n’avoit donné tant de plaisir que de chagrin à son auteur ; c’étoit l’heureux Fontenelle qui disoit cela. Monsieur, dans la question sur laquelle vous me consultez, je ne puis vous parler que par mon exemple ; jusqu’à quarante ans je fus sage ; à quarante ans je pris la plume, & je la pose avant cinquante, malgré quelques vains succès, maudissant tous les jours de ma vie celui où mon sot orgueil me la fit prendre, où-je vis mon bonheur, mon repos, ma santé s’en aller en fumée sans espoir de les recouvrer jamais. Voilà l’homme à qui vous demandez conseil.

Je vous salue de tout mon cœur.

LETTRE À Mr......