Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/215

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travail ; cela ne laisse pas un grand loisir pour entretenir un commerce oiseux. Si par dessus tout cela, peut - être il eût perdu la santé, s’il étoit tourmenté d’une maladie cruelle & douloureuse, qui le laissât à peine en état de vaquer aux soins indispensables, ce seroit une tyrannie bien injuste & bien cruelle de vouloir qu’il passât sa vie à répondre à des foules de désœuvrés, qui ne sachant que faire de leur temps, useroient très-prodiguement du sien. Laissons donc ce pauvre homme en repos dans sans retraité ; n’augmentons pas le nombre des importuns qui la troublent chaque jour sans discrétion, sans retenue, & même sans humanité. Si ses écrits m’inspirent pour lui de la bienveillance, & que je veuille céder au penchant de la lui témoigner, je ne lui vendrai point cet honneur en exigeant de lui des réponses ; & je lui donnerai sans trouble & sans peine, le plaisir d’apprendre qu’il y a dans le monde d’honnêtes gens qui pensent bien de lui, & qui n’en exigent rien.

Voilà, Monsieur, ce que je me serois dit, si j’avois été votre place ; chacun à sa manière de penser : je ne blâme point la vôtre, mais je crois la mienne plus équitable. Peut- être si je vous connoissois, me féliciterois - je beaucoup de votre amitié ; mais content des amis que j’ai, je vous déclare que je n’en veux point faire de nouveaux ; & quand je le voudrois, il ne seroit pas raisonnale que j’allasse choisir pour cela des inconnus si loin de moi. Au reste, je ne doute ni votre esprit, ni de votre mérite. Cependant le ton militaire & galant dont vous parlez de conquérir mon cœur, seroit, je crois, plus de mise auprès des femmes qu’il ne le seroit avec moi.