Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/245

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rien au monde ne me la sera reprendre. Si’-l’on m’eut laissé faire, il y a long-temps que j’aurois pris ce parti ; mais il est pris si bien que, quoiqu’il arrive, rien ne m’y sera renoncer. Je ne demande au ciel que quelqu’intervalle de paix jusqu’à ma dernière heure, & tous mes malheurs seront oubliés ; mais dût-on me poursuivre jusqu’au tombeau, je cesse de me défendre. Je serai comme les enfans & les ivrognes, qui se laissent tomber tout bonnement quand on les pousse, & ne se sont aucun mal ; au lieu qu’un homme qui veut se roidir, n’en tombe pas moins, & se casse une jambe, ou un bras par dessus le marché.

On répand donc que c’est l’inquisiteur qui m’a écrit au nom des Corses, & que j’ai donné dans un piège si subtil. Ce qui me paroît ici tout-à-fait bon, est que l’inquisiteur trouve plaisant de se faire passer pour faussaire, pourvu qu’il me fasse passer pour dupe. Supposons que ma stupidité fut telle que sans autre information, j’eusse pris cette prétendue lettre pour argent comptant ; est-il concevable qu’une pareille négociation se fût bornée à cette unique lettre, sans instructions, sans éclaircissemens, sans mémoires ; sans précis d’aucune espèce ? Ou bien, M. de Voltaire aura-t-il pris la peine de fabriquer aussi tout cela ? Je veux que sa profonde érudition ait pu tromper, sur ce point, mon ignorance, tout cela n’a pu se faire au moins sans avoir de ma part quelque réponse, ne fût-ce que pour savoir si j’acceptois la proposition. Il ne pouvoit même avoir que cette réponse en vue pour attester ma crédulité ; ainsi son premier soin a dû être de se la faire écrire ; qu’il la montre, & tout sera dit.