Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/251

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l’absolue nécessité de répondre, & surtout dans la circonstance, à des personnes avec qui je n’ai point de correspondance habituelle, & qui viennent au fort de mes malheurs, y prendre le plus généreux intérêt ? Je croyois que si lettres mêmes vous vous diriez : il n’a pas le temps de m’écrire, & que vous vous souviendriez de nos conventions. Falloit - il donc dans une occasion si critique, abandonner tous mes intérêts, toutes mes affaires, mes devoirs mêmes, de peur de manquer avec vous à l’exactitude d’une réponse dont vous m’aviez dispensé ? Vous vous seriez offensé de ma crainte, & vous auriez eu raison. L’idée même, très-fausse assurément, que vous aviez de m’avoir chagriné par votre lettre, n’étoit-elle pas pour votre bon cœur un motif de réparer le mal que vous supposiez m’avoir fait ? Dieu vous préserve d’afflictions ; mais en pareil cas, soyez sûr que je ne compterai pas vos réponses. En tout autre cas, ne comptez jamais mes lettres, ou rompons tout de suite ; car aussi bien ne tarderions-nous pas à rompre. Mon caractère vous est connu, je ne saurois le changer.

Toutes vos autres raisons ne sont que trop bonnes. Je vous plains dans vos tracas, & les approches de votre goutte me chagrinent surtout vivement, d’autant plus que dans l’extrême besoin de me distraire, je me promettois des promenades délicieuses avec vous. Je sens encore que ce que je vais vous dire peut être bien déplacé parmi vos affaires ; mais il faut vous montrer si je vous crois le cœur dur, & si je manque de confiance en votre amitié. Je ne fais pas des complimens, mais je prouve.