Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/252

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Il faut quitter ce pays, je le sens ; il est trop près de Genève ; on ne m’y laisseroit jamais en repos. Il n’y a guères qu’un pays catholique qui me convienne ; & c’est de-là, puisque vos ministres veulent tant la guerre, qu’on peut leur en donner le plaisir tout leur soûl. Vous sentez, Monsieur, que ce déménagement a les embarras. Voulez - vous être dépositaire de mes effets, en attendant que je me fixe ? Voulez-vous acheter mes livres, ou m’aider à les vendre ? Voulez-vous prendre quelqu’arrangement, quant à mes ouvrages, qui me délivre de l’horreur d’y penser, & de m’en occuper le reste de ma vie ? Toute cette rumeur est trop vive & trop folle pour pouvoir durer. Au bout de deux ou trois ans toutes les difficultés pour l’impression seront levées, surtout quand je n’y serai plus. En tout cas les autres lieux, même au voisinage ne manqueront pas. Il y a sur tout cela des détails qu’il seroit trop long d’écrire, & sur lesquels, sans que vous soyez marchand, sans que vous me fassiez l’aumône, cet arrangement peut m’être utile, & ne vous pas être onéreux. Cela demande d’en conférer. Il faut voir seulement si vos affaires présentes vous permettent de penser à celle-là.

Vous savez donc le triste état de la pauvre Mde. G......t, femme aimable, d’un vrai mérite, d’un esprit aussi fin que juste, & pour qui la vertu n’étoit pas un vain mot ; sa famille est dans la plus grande désolation ; son mari est au désespoir, & moi je suis déchiré. Voilà, Monsieur, l’objet que j’ai sous les yeux pour me consoler d’un tissu de malheurs sans exemple.