Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/266

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mon exemple ne faire pas tomber la plume des mains. Faites du bien, mon cher Sr. Brisson, mais non pas des livres. Loin de corriger les méchans, ils ne sont que les aigrir. Le meilleur livre fait très-peu de bien aux hommes, & beaucoup de mal à son auteur. Je vous ai déjà vu aux champs pour une brochure qui n’étoit pas même fort malhonnête ; à quoi devez- vous vous attendre, si ces choses vous blessent déjà ?

Comment pouvez-vous croire que je veuille passer en Corse, fachant que les troupes françaises y sont ? Jugez-vous que je n’aie pas assez de mes malheurs, sans en aller chercher d’autres ? Non, Monsieur ; dans l’accablement où je suis, j’ai besoin de reprendre haleine, j’ai besoin d’aller plus loin de Genève, chercher quelques momens de repos ; car on ne m’en laissera nulle part un long sur terre ; je ne puis plus l’espérer que dans son sein. J’ignore encore de quel côté j’irai il ne m’en reste plus guère à choisir ; je voudrois, chemin faisant, me chercher quelque retraite fixe pour m’y transplanter tout-à-fait ; où l’on eut l’humanité de me recevoir, & de me laisser mourir en paix. Mais où la trouver parmi les chrétiens ? La Turquie est trop loin d’ici.

Ne doutez pas, cher St. Brisson, qu’il ne me fût fort doux de vous avoir pour compagnon de voyage, pour consolateur, pour garde-malade ; mais j’ai contre ce même voyage, de grandes objections par rapport à vous. Premièrement, ôtez - vous de l’esprit de me consulter sur rien, & d’avoir la moindre ressource contre l’ennui dans mon entretien. L’étourdissement où me jettent des agitations sans