Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/346

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LETTRE AU MÊME.

Ce vendredi 19 Juin 1767.

Je lirai votre livre, puisque vous le voulez : ensuite j’aurai à vous remercier de l’avoir la ; mais il ne résultera rien de plus de cette lecture que la confirmation des sentimens que vous m’avez inspirés & de mon admiration pour votre grand & profond génie, ce que je me permets de vous dire en passant & seulement une fois. Je ne vous réponds pas même de vous suivre toujours, parce qu’il m’a toujours été pénible de penser, fatiguant de suivre les pensées des autres, & qu’à présent je ne le puis plus du tout. Je ne vous remercie point, mais je sors de votre maison fier d’y avoir été admis, & plus désireux que jamais de conserver les bontés & l’amitié du maître. Du reste quelque mal que vous pensiez de la sensibilité prise pour toute nourriture, c’est l’unique qui m’est restée, je ne vis plus que par le cœur. Je veux vous aimer autant que je vous respecte. C’est beaucoup, mais voilà tout, n’attendez jamais de moi rien de plus. J’emporterai si je puis votre livre de plantes ; s’il m’embarasse trop, je le laisserai dans l’espoir de revenir quelque jour le lire plus à mon aise. Adieu, mon cher & respectable hôte, je pars plein de vous, & content de moi, puisque j’emporte votre estime & votre amitié.