Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/350

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que les hommes de son ordre doivent deviner l’impression qu’ils sont sans qu’on la leur témoigne. La raison même qui m’empêchoit de répondre à sa politesse, est obligeante pour lui, puisque c’étoit la crainte d’être entraîné dans des discussions que je me suis interdites, & où j’avois peur de n’être pas le plus fort. Je vous dirai tout franchement que j’ai parcouru chez vous quelques pages de son ouvrage que vous aviez négligemment laissé sur le bureau de M. Garçon, & que sentant que je mordois un peu à l’hameçon, je me suis dépêché de fermer le livre avant que j’y fusse tout-à-fait pris. Or prêchez & patrocinez tout à votre aise. Je vous promets que je ne rouvrirai de mes jours, ni celui-là, ni les vôtres, ni aucun autre de pareil acabit : hors l’Astrée, je ne veux plus que des livres qui m’ennuyent, ou qui ne parlent que de mon soin.

Je crains bien que vous n’avez deviné trop juste sur la source de ce qui se passe ici, & dont vous ne sauriez même avoir l’idée : mais tout cela n’étant point dans l’ordre naturel des choses, ne fournit point de conséquence contre le séjour de la campagne, & ne m’en rebute assurément pas. Ce qu’il faut fuir n’est pas la campagne, mais les maisons des grands & des princes qui ne sont point les maîtres chez eux, & ne savent rien de ce qui s’y fait. Mon malheur est premièrement d’habiter dans un château & non pas sous un toît de chaume ; chez autrui & non pas chez moi, & sur-tout d’avoir un hôte si élevé, qu’entre lui & moi il faut nécessairement des intermédiaires. Je sens bien qu’il faut me détacher de l’espoir d’un sort tranquille, & d’une vie rustique :