Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/352

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blessures enflammées le beaume de l’amitié & de la raison. L’attente de cet élixir salutaire en anticipe déjà l’effet.

Ce que vous me marquez de Neuchâtel n’est pas un spécifique bon pour mon état ; je crois que vous le sentez suffisamment. Et malheureusement mes devoirs sont toujours si cruels, ma position est toujours si dure, que j’ose à peine livrer mon cœur à ses vœux secrets, entre le prince qui m’a donné asile, & les peuples qui m’ont persécuté.

M. le prince de Conti n’est point encore venu, j’ignore quand il viendra ; on l’attendoit hier : je ne sais ce qu’il sera ; mais je lis dans la contenance des complotteurs, qu’ils craignent peu son arrivée, que leur partie est bien liée, & qu’ils sont sûrs, malgré leur maître, de parvenir à me chasser d’ici. Nous verrons ce qu’il en sera. Je crois que c’est le cas de faire pouf. Ils ne s’y attendent pas.

Le parti que vous prenez de ne sortir du lit que parfaitement rétabli, est très-sage ; mais il ne faut pas sauter trop brusquement de vos rideaux dans la rue, cela seroit dangereux. Faites mettre des nattes dans votre chambre au défaut de tapis de pied. Donnez-vous tout le temps de vous bien rétablir, avant de songer à venir ; & en attendant arrangez tellement vos affaires ; que vous n’ayez à partir d’ici, que quand vous vous y ennuyerez. Faites ensorte de vous laisser maître de tout votre temps ; je ne puis trop vous recommander cette précaution. J’aime mieux vous avoir plus tard, & vous garder plus long-temps. Enfin je vous conjure derechef, avec instance de pourvoir si bien d’avance à toute chose, que rien ne puisse vous faire partir d’ici que votre volonté.