Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/356

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LETTRE AU MÊME.

Samedi Octobre 1767.

J’ai, mon cher hôte, votre lettre du 13, & j’y vois avec la plus grande joie, que vos forces revenues graduellement, & par-là plus solidement, vous mettent en état de faire à Paris le grand garçon ; mais je voudrois bien que vous n’y fissiez pas trop l’homme, & que vous vinssiez ici affermir votre virilité, de peur d’être tenté de l’exercer où vous êtes. Vous me paroissez en train d’abuser un peu de la permission que je vous ai donnée d’y prolonger votre séjour. Ecoutez ; j’ai bien mesuré cette permission sur les besoins de votre santé, mais non pas sur ceux de vos plaisirs, & je ne me sens pas assez désintéressé sur ce point, pour consentir que vous vous amusiez à mes dépends. Ne venez pas, après vous être solacié à Paris tout à votre aise, me dire ici que vous êtes pressé de partir, que vos affaires vous talonnent, &c. Je vous avertis qu’un tel langage ne prendroit pas du tout, que sur ce point je n’entendrois pas raillerie, & que j’ai tout au moins le droit d’exiger que vous ne soyez pas plus pressé de partir d’ici, que vous ne l’avez été d’y venir, Pensez à cela très-sérieusement, je vous prie, & faites surtout les choses d’assez bonne grâce, pour mériter que je vous pardonne les huit jours dont vous avez eu le front de me parler.