Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/367

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Conclusion : nous ne ferons d’opéra ni l’un ni l’autre : c’est de quoi j’étois d’avance à-peu-près sûr. J’avoue pourtant que dans ma situation présente, quelque distraction attachant & agréable me seroit nécessaire. J’aurois besoin sinon de faire de la musique, au moins d’en entendre, & cela me seroit même beaucoup plus de bien. Je suis attaché plus que jamais à la solitude, mais il y a tant d’entours déplaisans à la mienne, & tant de tristes souvenirs m’y poursuivent malgré moi, qu’il m’en faudroit une autre encore plus entière, mais où des objets agréables pussent effacer l’impression de ceux qui m’occupent, & faire diversion au sentiment de mes malheurs. Des spectacles où je pusse être seul dans un coin & pleurer à mon aise, de la musique qui pût ranime un peu mon cœur affaissé, voilà ce qu’il me faudroit pour effacer toutes les idées antérieures, & me ramener uniquement à mes plantes qui m’ont quitté pour trop long -temps cet hiver. Je n’aurai rien de tout cela, car en toutes choses les consolations les plus simples me sont refusées, mais il me faut un peu de travail sur moi - même pour y suppléer de mon propre fond.

On dit à Paris que je retourne en Angleterre. Je n’en suis pas surpris ; car le public me connoît si bien qu’il me fait toujours faire exactement le contraire des choses que je fais en effet. M. Davenport m’a écrit des lettres très-honnêtes & très-empressées pour me rappeler chez lui. Je n’ai pas cru devoir répondre brutalement à ses avances, mais je n’ai jamais marqué l’intention d’y retourner. Honoré des bienfaits du souverain & des bontés de beaucoup de gens