Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/391

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fait, cela me suffit ; il en viendroit maintenant cent par jour, que je ne daignerois pas leur répondre.

Quoique ma situation devienne plus cruelle de jour en jour, que je me voie réduit à passer dans un cabaret l’hiver dont je sens déjà les atteintes, & qu’il ne me reste pas une pierre pour y poser ma tête, il n’y a point d’extrémité que je n’endure, plutôt que de retourner à Trie ; & vous ne me proposeriez surement pas ce retour, si vous saviez ce qu’on m’y a fait souffrir, & entre les mains de quelles gens j’étois tombé - là. Je frémis seulement à y songer ; n’en reparlons jamais, je vous prie.

Plus je réfléchis aux traitemens que j’éprouve, moins je puis comprendre ce qu’on me veut. Egalement tourmenté, quelque parti que je prenne, je n’ai la liberté ni de rester où je suis, ni d’aller où je veux ; je ne puis pas me obtenir de savoir où l’on veut que je sois, ni ce qu’on veut faire de moi. J’ai vainement désiré qu’on disposât ouvertement de ma personne ; ce seroit me mettre en repos, & voilà ce qu’on ne veut pas. Tout ce que je sens est qu’on est importuné de mon existence, & qu’on veut faire ensorte que je le sois moi-même ; il est impossible de s’y prendre mieux pour cela ; il m’est cent fois venu dans l’esprit de proposer mon transport en Amérique, espérant qu’on voudroit bien m’y laisser tranquille, en quoi je crois bien que je me flattois trop ; mais enfin j’en aurois fait de bon cœur la tentative, si nous étions plus en état, ma femme & moi d’en supporter le voyage & l’air. Il me vient une autre idée dont je veux vous parler, & que ma passion pour la botanique