Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/41

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air de connoissance, mais je n’en reconnus aucune. Le même soir je me détournai pour passer à Villeroy. À Lyon les courriers doivent être menés au commandant. Cela pouvoit être embarrassant pour un homme qui ne vouloit ni mentir ni changer son nom. J’allois avec une lettre de Mde. de Luxembourg, prier M. de Villeroy de faire en sorte que je fusse exempté de cette corvée. M. de Villeroy me donna une lettre dont je ne fis point usage, parce que je ne passai pas à Lyon. Cette lettre est restée encore cachetée parmi mes papiers. M. le duc me pressa beaucoup de coucher à Villeroy ; mais j’aimai mieux reprendre la grande route, & je fis encore deux postes le même jour.

Ma chaise étoit rude, & j’étois trop incommodé pour pouvoir marcher à grandes journées. D’ailleurs je n’avois pas l’air assez imposant pour me faire bien servir, & l’on soit qu’en France les chevaux de poste ne sentent la gaule que sur les épaules du postillon. En payant grassement les guides, je crus suppléer à la mine & au propos, ce fut encore pis. Ils me prirent pour un pied-plat, qui marchoit par commission & qui couroit la poste pour la premiere fois de sa vie. Dès-lors je n’eus plus que des rosses, & je devins le jouet des postillons. Je finis, comme j’aurois dû commencer, par prendre patience, ne rien dire, & aller comme il leur plut.

J’avois de quoi ne pas m’ennuyer en route, en me livrant aux réflexions qui se présentoient sur tout ce qui venoit de m’arriver ; mais ce n’étoit là ni mon tour d’esprit, ni la pente de mon cœur. Il est étonnant avec quelle facilité