Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/433

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on ne veut qu’herboriser, & que, faute d’une certaine intimité, l’on n’a que cela pour point de ralliement & pour ressource. Le troisième est que nous avons trouvé sur la montagne un très-mauvais gîte. Pour lit, du soin ressuant & tout mouillé, hors un seul matelas rembourré de puces dont, comme étant le Sancho de la troupe, j’ai été pompeusement gratifié. Le quatrième des accidens de toute espèce ; un de nos Messieurs a été mordu d’un chien sur la montagne. Sultan a été demi-massacré d’un autre chien : il a disparu ; je l’ai cru mort de ses blessures, ou mangé du loup ; & ce qui me confond, est qu’à mon retour ici, je l’ai trouvé tranquille & parfaitement guéri, sans que je puisse imaginer comment, dans l’état où il étoit, il a pu faire douze grandes lieues, & surtout repairer le Rhône, qui n’est pas un petit ruisseau, comme disoit du Rhin M. de Chazeron. Le cinquième article & le pire est que nous n’avons presque rien trouvé, étant allés trop tard pour les fleurs trop tôt pour les graines, & n’ayant eu nul guide pour trouver les bons endroits. Ajoutez que la montagne est fort triste, inculte, déserte, & n’a rien de l’admirable variété des montagnes de Suisse. Si vous n’étiez pas redevenu un profane, je vous serois ici l’énumération de notre maigre collection ; je vous parlerois du meum, du raisin d’ours, du doronic, de la bistorte, du napel, du thymelea, &c. Mais j’espère que quand M.***. qui a appris la botanique en trois jours, sera près de vous, il vous expliquera tout cela. Parmi toutes ces plantes alpines très-communes, j’en ai trouvé trois plus curieuses qui m’ont fait grand plaisir. L’une est