Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/438

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pas choisir au Monomotapa, quoiqu’en dise la Fontaine. Cela tient à mon tour d’esprit particulier dont je n’excuse pas la bizarrerie, mais que je dois consulter quand il s’agit d’être obligé. Car autant je suis touché de tout ce qu’on m’accorde, autant je le suis peu de ce qu’on me fait accepter. Aussi je n’accepte jamais rien qu’en rechignant, & vaincu par la tyrannie des importunités. Mais l’ami qui veut bien m’obliger à ma mode & non pas à la sienne, sera toujours content de mon cœur. J’avoue pourtant que l’à-propos de votre offre mérite une exception ; & je la fais en tâchant de l’oublier, afin de ne pas ôter à notre amitié l’un des droits que l’inégalité de fortune y doit mettre.

Il faut assurément que vous soyez peu difficile en ressemblance, pour trouver la mienne dans cette figure de Cyclope qu’on débite à si grand bruit sous mon nom. Quand il plut à l’honnête M. Hume de me faire peindre en Angleterre, je ne pus jamais deviner son motif, quoique dès - lors - je vitre assez que ce n’étoit pas l’amitié. Je ne l’ai compris qu’en voyant l’estampe, & surtout en apprenant qu’on lui en donnoit pour pendant un autre représentant ledit M. Hume qui réellement a la figure d’un Cyclope, & à qui l’on donne un air charmant. Comme ils peignent nos visages, ainsi peignent-ils nos ames, avec la même fidélité. Je comprends que les bruyans éloges qu’on vous a faits de ce portrait vous ont subjugué ; mais regardez-y mieux, & ôtez-moi de votre chambre cette mine farouche qui n’est pas la mienne assurément. Les gravures faites sur le portrait peint par la Tour, me sont plus jeune à la vérité, mais beaucoup plus