Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/44

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une douceur de mœurs plus attendrissante, un coloris plus frais, des peintures plus naives, un costume plus exact, une plus antique simplicité en toutes choses, & tout cela, malgré l’horreur du sujet, qui dans le fond est abominable, de sorte qu’outre tout le reste, j’eus encore le mérite de la difficulté vaincue. Le Lévite d’Ephraim, s’il n’est pas le meilleur de mes ouvrages, en sera toujours le plus chéri. Jamais je ne l’ai relu, jamais je ne le relirai, sans sentir en dedans l’applaudissement d’un cœur sans fiel, qui, loin de s’aigrir par ses malheurs, s’en console avec lui-même, & trouve en soi de quoi s’en dédommager. Qu’on rassemble tous ces grands philosophes, si supérieurs dans leurs livres à l’adversité qu’ils n’éprouvèrent jamais ; qu’on les mette dans une position pareille à la mienne, & que, dans la premiere indignation de l’honneur outragé, on leur donne un pareil ouvrage à faire : on verra comment ils s’en tireront.

En partant de Montmorency pour la Suisse, j’avois pris la résolution d’aller m’arrêter à Yverdun chez mon bon vieux ami M. Roguin, qui s’y étoit retiré depuis quelques années, & qui m’avoit même invité à l’y aller voir. J’appris en route que Lyon faisoit un détour ; cela m’évita d’y passer. Mais en revanche il falloit passer par Besançon, place de guerre, & par conséquent sujette au même inconvénient. Je m’avisai de gauchir, & de passer par Salins, sous prétexte d’aller voir M. de M[aira]n, neveu de M. D[upi]n, qui avoit un emploi à la saline, & qui m’avoit fait jadis force invitation de l’y aller voir. L’expédient me réussit ; je ne trouvai point M. de