Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/51

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Je me trouvois si bien du séjour d’Yverdon, que je pris la résolution d’y rester à la vive sollicitation de M. Roguin & de toute sa famille. M. de Moiry de Gingins, bailli de cette ville, m’encourageoit aussi par ses bontés à rester dans son gouvernement. Le colonel me pressa si fort d’accepter l’habitation d’un petit pavillon qu’il avoit dans sa maison, entre Cour & jardin, que j’y consentis, & aussitôt il s’empressa de le meubler & garnir de tout ce qui étoit nécessaire pour mon petit ménage.

Le banneret Roguin, des plus empressés autour de moi, ne me quittoit pas de la journée. J’étois toujours très sensible à tant de caresses, mais j’en étois quelquefois importuné. Le jour de mon emménagement étoit déjà marqué, & j’avois écrit à Thérèse de me venir joindre, quand tout-à-coup j’appris qu’il s’élevoit à Berne un orage contre moi, qu’on attribuoit aux dévots, & dont je n’ai jamais pu pénétrer la premiere cause. Le sénat excité, sans qu’on sût par qui, paroissoit ne vouloir pas me laisser tranquille dans ma retraite. Au premier avis qu’eut M. le bailli de cette fermentation, il écrivit en ma faveur à plusieurs membres du gouvernement, leur reprochant leur aveugle intolérance, & leur faisant honte de vouloir refuser à un homme de mérite opprimé l’asyle que tant de bandits trouvoient dans leurs états. Des gens sensés ont présumé que la chaleur de ses reproches avoit plus aigri qu’adouci les esprits. Quoiqu’il en soit, son crédit, ni son éloquence ne purent parer le coup. Prévenu de l’ordre qu’il devoit me signifier, il m’en avertit d’avance, & pour ne pas attendre cet ordre, je résolus de