Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/111

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LETTRE XV.


de Julie.


Il est important, mon ami, que nous nous séparions pour quelque tems, & c’est ici la premiere épreuve de l’obéissance que vous m’avez promise. Si je l’exige en cette occasion, croyez que j’en aides raisons très-fortes : il faut bien, & vous le savez trop, que j’en aye pour m’y résoudre ; quant à vous, vous n’en avez pas besoin d’autre que ma volonté.

Il y a long-tems que vous avez un voyage à faire en Valais. Je voudrois que vous pussiez l’entreprendre à présent qu’il ne fait pas encore froid. Quoique l’automne soit encore agréable ici, vous voyez déjà blanchir la pointe de la Dent-de-Jamant [1], & dans six semaines je ne vous laisserois pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir des demain : vous m’écrirez à l’adresse que je vous envoye, & vous m’enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion.

Vous n’avez jamais voulu me parler de l’état de vos affaires ; mais vous n’êtes pas dans votre patrie ; je sais que vous y avez peu de fortune & que vous ne faites que la déranger ici, où vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu’une partie de votre bourse est dans la mienne, & je vous envoye un léger à-compte dans celle que renferme cette boËte, qu’il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n’ai garde d’aller

  1. Haute montagne du pays de Vaud.