Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/27

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n’ira pas plus loin. Vous serez enchante, même agité peut - être ; mais d’une agitation passagere & seche, qui ne vous laissera que des mots pour tout souvenir. Au contraire, une lettre que l’Amour a réellement dictée ; une lettre d’un amant vraiment passionne, sera lâche, diffuse, toute en longueurs, en désordre, en répétitions. Son cœur, plein d’un sentiment qui déborde, redit toujours la même chose, &n’a jamais achevé de dire ; comme une source vive qui coule sans cesse & ne s’épuise jamais. Rien de saillant, rien de remarquable ; on ne retient ni mots, ni tours, ni phrases ; on n’admire rien, l’on n’est frappé de rien. Cependant on se sent l’ame attendrie ; on se sent ému sans savoir pourquoi. Si la force du sentiment ne nous frappe pas, sa vérité nous touche, &c’est ainsi que le cœur fait parler au cœur. Mais ceux qui ne sentent rien, ceux qui n’ont que le jargon paré des passions, ne connoissent point ces sortes de beautés & les méprisent.

N. J’attends.

R. Fort bien. Dans cette derniere espece de