Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/410

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commerce des hommes, il est certain que la présence de ceux-ci jette une espece de contrainte dans cette petite gynécocratie. À Paris, c’est tout le contraire ; les femmes n’aiment à vivre qu’avec les hommes, elles ne sont à leur aise qu’avec eux. Dans chaque société la maîtresse de la maison est presque toujours seule au milieu d’un cercle d’hommes. On a peine à concevoir d’où tant d’hommes peuvent se répandre partout ; mais Paris est plein d’aventuriers & de célibataires qui passent leur vie à courir de maison en maison ; & les hommes semblent, comme les especes, se multiplier parla circulation. C’est donc là qu’une femme apprend à parler, agir & penser comme eux & eux comme elle. C’est là qu’unique objet de leurs petites galanteries, elle jouit paisiblement de ces insultans hommages auxquels on ne daigne pas même donner un air de bonne foi. Qu’importe ? sérieusement ou par plaisanterie, on s’occupe d’elle & c’est tout ce qu’elle veut. Qu’une autre femme survienne, à l’instant le tonde cérémonie succede à la familiarité, les grands airs commencent, l’attention des hommes se partage & l’on se tient mutuellement dans une secrete gêne dont on ne sort plus qu’en se séparant.

Les femmes de Paris aiment à voir les spectacles, c’est-à-dire à y être vues ; mais leur embarras, chaque fois qu’elles y veulent aller, est de trouver une compagne ; car l’usage ne permet à aucune femme d’y aller seule en grande loge, pas même avec son mari, pas même avec un autre homme. On ne sauroit dire combien, dans ce pays si sociable