Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/423

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pu souffrir quelque autre attachement que celui pour lequel il étoit né, je n’aurois jamais pris à Paris ma femme, encore moins ma maîtresse : mais je m’y serois fait volontiers une amie ; & ce trésor m’eût consolé peut-être de n’y pas trouver les deux autres [1].




LETTRE XXII.


À JULIE.


Depuis ta lettre reçue je suis allé tous les jours chez M.Silvestre demander le petit paquet. Il n’étoit toujours point venu ; & dévoré d’une mortelle impatience, j’ai fait le voyage sept fois inutilement. Enfin la huitieme, j’ai reçu le paquet. À peine l’ai-je eu dans les mains, que, sans payer le port, sans m’en informer, sans rien dire à personne, je suis sorti comme un étourdi ; & ne voyant le moment de rentrer chez moi, j’enfilois avec tant de précipitation des rues que je ne connoissois point, qu’au bout d’une demi-heure, cherchant la rue de Tournon où je loge, je me suis trouvé dans le Marais, à l’autre extrémité de Paris. J’ai été obligé de prendre un fiacre pour revenir plus promptement ; c’est la premiere fois que cela m’est arrivé

  1. Je me garderai de prononcer sur cette lettre ; mais je doute qu’un jugement qui donne libéralement à celles qu’il regarde des qualités qu’elles méprisent & qui leur refuse les seules dont elles font cas, soit sort propre à être bien reçu d’elles.