Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/502

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l’avoir vue. Eprouvons une fois si je vous rendrai pitoyable, ou si vous me rendrez parjure.

Son parti étoit pris. M. d’Orbe fut d’avis de chercher les moyens de le satisfaire pour le pouvoir renvoyer avant que son retour fût découvert : car il n’étoit connu dans la maison que du seul Hanz, dont j’étois sûre, & nous l’avions appelé devant nos gens d’un autre nom que le sien [1]. Je lui promis qu’il te verroit la nuit suivante, à condition qu’il ne resteroit qu’un instant, qu’il ne te parleroit point, & qu’il repartiroit le lendemain avant le jour : j’en exigeai sa parole. Alors, je fus tranquille ; je laissai mon mari avec lui, & je retournai près de toi.

Je te trouvai sensiblement mieux, l’éruption étoit achevée ; le médecin me rendit le courage, & l’espoir. Je me concertai d’avance avec Babi ; & le redoublement, quoique moindre, t’ayant encore embarrassé la tête, je pris ce tems pour écarter tout le monde, & faire dire à mon mari d’amener son hôte, jugeant qu’avant la fin de l’acces tu serois moins en état de le reconnaître. Nous eûmes toutes les peines du monde à renvoyer ton désolé pere, qui chaque nuit s’obstinoit à vouloir rester. Enfin je lui dis en colere qu’il n’épargneroit la peine de personne, que j’étois également résolue à veiller, & qu’ils avoit bien, tout pere qu’il étoit, que sa tendresse n’étoit pas plus vigilante que la mienne. Il partit à regret ; nous restâmes seules. M. d’Orbe arriva sur les onze heures, & me dit qu’il avoit laissét on ami dans

  1. On voit dans la quatrieme partie que ce nom substitué étoit celui de S. Preux.