Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/541

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


passions ont beau la défigurer ; tous ses traits liés à l’essence infinie se représentent toujours à la raison & lui servent à rétablir ce que l’imposture & l’erreur en ont altéré. Ces distinctions me semblent faciles ; le sens commun suffit pour les faire. Tout ce qu’on ne peut séparer de l’idée de cette essence est Dieu ; tout le reste est l’ouvrage des hommes. C’est à la contemplation de ce divin modele que l’ame s’épure & s’éleve, qu’elle apprend à mépriser ses inclinations basses & à surmonter ses vils penchants. Un cœur pénétré de ces sublimes vérités se refuse aux petites passions des hommes ; cette grandeur infinie le dégoûte de leur orgueil ; le charme de la méditation l’arrache aux désirs terrestres ; & quand l’Etre immense dont il s’occupe n’existeroit pas, il seroit encore bon qu’ils’en occupât sans cesse pour être plus maître de lui-même, plus fort, plus heureux, & plus sage.

Cherchez-vous un exemple sensible des vains sophismes d’une raison qui ne s’appuye que sur elle-même ? Considérons de sang-froid les discours de vos philosophes, dignes apologistes du crime, qui ne séduisirent jamais que des cœurs déjà corrompus. Ne diroit-on pas qu’en s’attaquant directement au plus saint & au plus solennel des engagemens, ces dangereux raisonneurs ont résolu d’anéantir d’un seul coup toute la société humaine, qui n’est fondée que sur la foi des conventions ? Mais voyez, je vous prie, comme ils disculpent un adultere secret ! C’est, disent-ils, qu’il n’en résulte aucun mal, pas même pour l’époux qui l’ignore. Comme s’ils pouvoient être sûrs qu’il l’ignorera toujours ? Comme s’il suffisoit, pour autoriser le parjure & l’infidélité qu’ils ne nuisissent