Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/546

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sincerement ; & l’on ne peut long-tems le chercher ainsi sans remonter à l’auteur de tout bien. C’est ce qu’il me semble avoir fait depuis que je m’occupe à rectifier mes sentimens, & ma raison ; c’est ce que vous ferez mieux que moi quand vous voudrez suivre la même route. Il m’est consolant de songer que vous avez souvent nourri mon esprit des grandes idées de la religion ; & vous, dont le cœur n’a rien de caché pour moi, ne m’en eussiez pas ainsi parlé si vous aviez eu d’autres sentimens. Il me semble même que ces conversations avoient pour nous des charmes. La présence de l’Etre suprême ne nous fut jamais importune ; elle nous donnoit plus d’espoir que d’épouvante ; elle n’effraya jamais que l’ame du méchant : nous aimions à l’avoir pour témoin de nos entretiens, à nous révéler conjointement jusqu’à lui. Si quelquefois nous étions humiliés par la honte, nous nous disions en déplorant nos foiblesses : au moins il voit le fond de nos cœurs, & nous en étions plus tranquilles.

Si cette sécurité nous égara, c’est au principe sur lequel elle étoit fondée à nous ramener. N’est-il pas bien indigne d’un homme de ne pouvoir jamais s’accorder avec lui-même ; d’avoir une regle pour ses actions, une autre pour ses sentimens ; de penser comme s’il étoit sans corps, d’agir comme s’il étoit sans ame, & de ne jamais approprier à soi tout entier rien de ce qu’il fait en toute sa vie ? Pour moi, je trouve qu’on est bien fort avec nos anciennes maximes, quand on ne les borne pas à de vaines spéculations. La foiblesse est de l’homme, & le Dieu clément qui le fit la lui pardonnera sans doute ; mais le crime est du méchant,