Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/108

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sans nous le faire sentir ; c’est ce que les habitans de cette maison sentent sans qu’on leur dise.

Cette disposition à la concorde commence par le choix des sujets. M. de Wolmar n’examine pas seulement en les recevant s’ils conviennent à sa femme & à lui, mais s’ils conviennent l’un à l’autre & l’antipathie bien reconnue entre deux excellens domestiques suffiroit pour faire à l’instant congédier l’un des deux. Car, dit Julie, une maison si peu nombreuse, une maison dont ils ne sortent jamais & où ils sont toujours vis-à-vis les uns des autres, doit leur convenir également à tous & seroit un enfer pour eux si elle n’étoit une maison de paix. Ils doivent la regarder comme leur maison paternelle où tout n’est qu’une même famille. Un seul qui déplairoit aux autres pourroit la leur rendre odieuse ; & cet objet désagréable y frappant incessamment leurs regards, ils ne seroient bien ici ni pour eux ni pour nous.

Après les avoir assortis le mieux qu’il est possible, on les unit pour ainsi dire malgré eux par les services qu’on les force en quelque sorte à se rendre & l’on fait que chacun ait un sensible intérêt d’être aimé de tous ses camarades. Nul n’est si bien venu à demander des grâces pour lui-même que pour un autre ; ainsi celui qui désire en obtenir tâche d’engager un autre à parler pour lui ; & cela est d’autant plus facile, que, soit qu’on accorde ou qu’on refuse une faveur ainsi demandée, on en fait toujours un mérite à celui qui s’en est rendu l’intercesseur. Au contraire, on rebute ceux qui ne sont bons que pour eux. Pourquoi, leur dit-on, accorderais-je ce qu’on me demande pour vous qui n’avez jamais rien demandé pour