Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/115

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


bien, son enfant, il se l’approprie. Il n’avoit droit que sur les actions ; il s’en donne encore sur les volontés. Il n’étoit maître qu’à prix d’argent ; il le devient par l’empire sacré de l’estime & des bienfaits. Que la fortune le dépouille de ses richesses ; elle ne sauroit lui ôter les cœurs qu’il s’est attachés ; elle n’ôtera point des enfans à leur pere : toute la différence est qu’il les nourrissoit hier & qu’il sera demain nourri par eux. C’est ainsi qu’on apprend à jouir véritablement de ses biens, de sa famille & de soi-même ; c’est ainsi que les détails d’une maison deviennent délicieux pour l’honnête homme qui sait en connoître le prix ; c’est ainsi que, loin de regarder ses devoirs comme une charge, il en fait son bonheur & qu’il tire de ses touchantes & nobles fonctions la gloire & le plaisir d’être homme.

Que si ces précieux avantages sont méprisés ou peu connus, & si le petit nombre même qui les recherche les obtient si rarement, tout cela vient de la même cause. Il est des devoirs simples & sublimes qu’il n’appartient qu’à peu de gens d’aimer & de remplir : tels sont ceux du pere de famille, pour lesquels l’air & le bruit du monde n’inspirent que du dégoût & dont on s’acquitte mal encore quand on n’y est porté que par des raisons d’avarice & d’intérêt. Tel croit être un bon pere de famille & n’est qu’un vigilant économe ; le bien peut prospérer & la maison aller fort mal. Il faut des vues plus élevées pour éclairer, diriger cette importante administration & lui donner un heureux succès. Le premier soin par lequel doit commencer l’ordre d’une maison, c’est de n’y souffrir que d’honnêtes