Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/118

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craignent pas qu’on nuise à leur établissement pour les garder plus long-tems & qu’ainsi leur bon service leur fasse tort. Si quelque valet étranger venoit dire aux gens de cette maison qu’un maître & ses domestiques sont entre eux dans un véritable état de guerre ; que ceux-ci, faisant au premier tout du pis qu’il peuvent, usent en cela d’une juste représaille ; que les maîtres étant usurpateurs, menteurs & fripons, il n’y a pas de mal à les traiter comme ils traitent le prince, ou le peuple, ou les particuliers & à leur rendre adroitement le mal qu’ils font à force ouverte ; celui qui parleroit ainsi ne seroit entendu de personne : on ne s’avise pas même ici de combattre ou prévenir de pareils discours ; il n’appartient qu’à ceux qui les font noître d’être obligés de les réfuter.

Il n’y a jamais ni mauvaise humeur ni mutinerie dans l’obéissance, parce qu’il n’y a ni hauteur ni caprice dans le commandement, qu’on n’exige rien qui ne soit raisonnable & utile & qu’on respecte assez la dignité de l’homme, quoique dans la servitude, pour ne l’occuper qu’à des choses qui ne l’avilissent point. Au surplus, rien n’est bas ici que le vice & tout ce qui est utile & juste est honnête & bienséant.

Si l’on ne souffre aucune intrigue au dehors, personne n’est tenté d’en avoir. Ils savent bien que leur fortune la plus assurée est attachée à celle du maître & qu’ils ne manqueront jamais de rien tant qu’on verra prospérer la maison. En la servant ils soignent donc leur patrimoine, & l’augmentent en rendant leur service agréable ; c’est là leur plus