Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/137

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dans ce verger : elle parfume l’air, elle enchante les yeux & ne coûte presque ni soin ni culture. C’est pour cela que les fleuristes la dédaignent : la nature l’a faite si belle qu’ils ne lui sauroient ajouter des beautés de convention ; & ne pouvant se tourmenter à la cultiver, ils n’y trouvent rien qui les flatte. L’erreur des prétendus gens de goût est de vouloir de l’art partout & de n’être jamais contens que l’art ne paraisse ; au lieu que c’est à le cacher que consiste le véritable goût, sur-tout quand il est question des ouvrages de la nature. Que signifient ces allées si droites, si sablées, qu’on trouve sans cesse & ces étoiles, par lesquelles, bien loin d’étendre aux yeux la grandeur d’un parc, comme on l’imagine, on ne fait qu’en montrer maladroitement les bornes ? Voit-on dans les bois du sable de riviere, ou le pied se repose-t-il plus doucement sur ce sable que sur la mousse ou la pelouse ? La nature emploie-t-elle sans cesse l’équerre & la regle ? Ont-ils peur qu’on ne la reconnaisse en quelque chose malgré leurs soins pour la défigurer ? Enfin, n’est-il pas plaisant que, comme s’ils étoient déjà las de la promenade en la commençant, ils affectent de la faire en ligne droite pour arriver plus vite au terme ? Ne dirait-on pas que, prenant le plus court chemin, ils font un voyage plutôt qu’une promenade & se hâtent de sortir aussitôt qu’ils sont entrés ?

Que fera donc l’homme de goût qui vit pour vivre, qui sait jouir de lui-même, qui cherche les plaisirs vrais & simples & qui veut se faire une promenade à la porte de sa maison ?

    que si son Auteur est grandes choses, il est tres-grand dans les petites ?