Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/146

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


en sont exclus, les importuns ne s’y montrent point, on y dit tout ce qu’on pense, on y révele tous ses secrets ; on n’y contraint aucun de ses sentiments ; on peut s’y livrer sans imprudence aux douceurs de la confiance & de la familiarité. C’est presque le seul moment où il soit permis d’être ce qu’on est : que ne dure-t-il toute la journée ! Ah ! Julie, ai-je été prêt à dire, voilà un vœu bien intéressé ! Mais je me suis tu. La premiere chose que j’ai retranchée avec l’amour a été la louange. Louer quelqu’’un en face, à moins que ce ne soit sa maîtresse, qu’est-ce faire autre chose sinon le taxer de vanité ? Vous savez, milord, si c’est à Madame de Wolmar qu’on peut faire ce reproche. Non, non ; je l’honore trop pour ne pas l’honorer en silence. La voir, l’entendre, observer sa conduite, n’est-ce pas assez la louer ?

LETTRE XII. DE MDE. DE WOLMAR À MDE. D’ORBE.

Il est écrit, chére amie, que tu dois être dans tous les tems ma sauvegarde contre moi-même & qu’après m’avoir délivrée avec tant de peine des pieges de mon cœur tu me garantiras encore de ceux de ma raison. après tant d’épreuves cruelles, j’apprends à me défier des erreurs comme des passions dont elles sont si souvent l’ouvrage. Que n’ai-je eu toujours la même précaution ! Si dans les tems passés j’avais moins compté sur mes lumieres, j’aurois eu moins à rougir de mes sentiments.