Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/162

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de toi-même, ton ame est calme & tranquille, j’en suis sûre ; les objets s’y peignent tels qu’ils sont ; mais la mienne, toujours émue comme une onde agitée, les confond & les défigure. Je n’ose plus me fier à rien de ce que je vois ni de ce que je sens : & malgré de si longs repentirs, j’éprouve avec douleur que le poids d’une ancienne faute est un fardeau qu’il faut porter toute sa vie.

LETTRE XIII. REPONSE DE MDE. D’ORBE À MDE DE WOLMAR.

Pauvre cousine, que de tourmens tu te donnes sans cesse avec tant de sujets de vivre en paix ! Tout ton mal vient de toi, ô Isral ! Si tu suivois tes proprès regles, que dans les choses de sentiment tu n’écoutasses que la voix intérieure & que ton cœur fît taire ta raison, tu te livrerois sans scrupule à la sécurité qu’il t’inspire & tu ne t’efforcerois point, contre son témoignage, de craindre un péril qui ne peut venir que de lui.

Je t’entends, je t’entends bien, ma Julie : plus sûre de toi que tu ne feins de l’être, tu veux t’humilier de tes fautes passées sous prétexte d’en prévenir de nouvelles & tes scrupules sont bien moins des précautions pour l’avenir qu’une peine imposée à la témérité qui t’a perdue autrefois. Tu compares les tems ;