Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/170

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C’est le moyen de te livrer sans risque aux doux épanchemens de l’amitié & de jouir paisiblement d’un long tête-à-tête sous la protection des bateliers, qui voyent sans entendre & dont on ne peut s’éloigner avant de penser à ce qu’on fait.

Il me vient encore une idée qui feroit rire beaucoup de gens, mais qui te plaira, j’en suis sûre : c’est de faire en l’absence de ton mari un journal fidele pour lui être montré à son retour & de songer au journal dans tous les entretiens qui doivent y entrer. À la vérité, je ne crois pas qu’un pareil expédient fût utile à beaucoup de femmes, mais une ame franche & incapable de mauvaise foi a contre le vice bien des ressources qui manqueront toujours aux autres. Rien n’est méprisable de ce qui tend à garder la pureté ; & ce sont les petites précautions qui conservent les grandes vertus.

Au reste, puisque ton mari doit me voir en passant, il me dira, j’espere, les véritables raisons de son voyage ; & si je ne les trouve pas solides, ou je le détournerai de l’achever, ou quoi qu’il arrive, je ferai ce qu’il n’aura pas voulu faire ; c’est sur quoi tu peux compter. En attendant, en voilà, je pense, plus qu’il n’en faut pour te rassurer contre une épreuve de huit jours. Va, ma Julie, je te connois trop bien pour ne pas répondre de toi autant & plus que de moi-même. Tu seras toujours ce que tu dois & que tu veux être. Quand tu te livrerois à la seule honnêteté de ton ame, tu ne risquerois rien encore ; car je n’ai point de foi aux défaites imprévues : on a beau couvrir du vain nom de