Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/171

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faiblesses des fautes toujours volontaires, jamais femme ne succombe qu’elle n’ait voulu succomber & si je pensois qu’un pareil sort pût t’attendre, crois-moi, crois-en ma tendre amitié, crois-en tous les sentimens qui peuvent noître dans le cœur de ta pauvre Claire, j’aurois un intérêt trop sensible à t’en garantir pour t’abandonner à toi seule.

Ce que M. de Wolmar t’a déclaré des connaissances qu’il avoit avant ton mariage me surprend peu ; tu sais que je m’en suis toujours doutée ; & je te dirai de plus que mes soupçons ne se sont pas bornés aux indiscrétions de Babi. Je n’ai jamais pu croire qu’un homme droit & vrai comme ton pere & qui avoit tout au moins des soupçons lui-même, pût se résoudre à tromper son gendre & son ami. Que s’il t’engageoit si fortement au secret, c’est que la maniere de le révéler devenoit fort différente de sa part ou de la tienne & qu’il vouloit sans doute y donner un tour moins propre à rebuter M. de Wolmar, que celui qu’il savoit bien que tu ne manquerois pas d’y donner toi-même. Mais il faut te renvoyer ton exprès ; nous causerons de tout cela plus à loisir dans un mois d’ici.

Adieu, petite cousine, c’est assez prêcher la prêcheuse : reprends ton ancien métier & pour cause. Je me sens tout inquiete de n’être pas encore avec toi. Je brouille toutes mes affaires en me hâtant de les finir & ne sais guere ce que je fais. Ah ! Chaillot, Chaillot !… si j’étois moins folle !… mais j’espere de l’être toujours.

P.S. À propos, j’oubliois de faire compliment à ton