Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/173

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Je n’ai point voulu vous expliquer mon projet au sujet du jeune homme, avant que sa présence eût confirmé la bonne opinion que j’en avois conçue. Je crois déjà m’être assez assuré de lui pour vous confier entre nous que ce projet est de le charger de l’éducation de mes enfans. Je n’ignore pas que ces soins importans sont le principal devoir d’un pere ; mais quand il sera tems de les prendre je serai trop âgé pour les remplir & tranquille & contemplatif par tempérament, j’eus toujours trop peu d’activité pour pouvoir régler celle de la jeunesse. D’ailleurs par la raison qui vous est connue [1] Julie ne me verroit point sans inquiétude prendre une fonction dont j’aurois peine à m’acquitter à son gré. Comme par mille autres raisons votre sexe n’est pas propre à ces mêmes soins, leur mere s’occupera tout entiere à bien élever son Henriette ; je vous destine pour votre part le gouvernement du ménage sur le plan que vous trouverez établi & que vous avez approuvé ; la mienne sera de voir trois honnêtes gens concourir au bonheur de la maison & de goûter dans ma vieillesse un repos qui sera leur ouvrage.

J’ai toujours vu que ma femme auroit une extrême répugnance à confier ses enfans à des mains mercenaires & je n’ai pu blâmer ses scrupules. Le respectable état de précepteur exige tant de talens qu’on ne sauroit payer, tant de vertus qui ne sont point à prix, qu’il est inutile d’en chercher un avec de l’argent. Il n’y a qu’un homme de génie

  1. Cette raison n’est pas connue encore du Lecteur ; mais il est prié de ne pas s’impatienter.