Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/174

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en qui l’on puisse espérer de trouver les lumieres d’un maître ; il n’y a qu’un ami tres tendre à qui son cœur puisse inspirer le zele d’un pere ; & le génie n’est guere à vendre, encore moins l’attachement.

Votre ami m’a paru réunir en lui toutes les qualités convenables ; & si j’ai bien connu son ame, je n’imagine pas pour lui de plus grande félicité que de faire dans ces enfans chéris celle de leur mere. Le seul obstacle que je puisse prévoir est dans son affection pour Milord Edouard qui lui permettra difficilement de se détacher d’un ami si cher & auquel il a de si grandes obligations, à moins qu’Edouard ne l’exige lui-même. Nous attendons bientôt cet homme extraordinaire ; & comme vous avez beaucoup d’empire sur son esprit, s’il ne dément pas l’idée que vous m’en avez donnée, je pourrois bien vous charger de cette négociation près de lui.

Vous avez à présent, petite cousine, la clef de toute ma conduite, qui ne peut que paroître fort bizarre sans cette explication & qui, j’espere, aura désormois l’approbation de Julie & la vôtre. L’avantage d’avoir une femme comme la mienne m’a fait tenter des moyens qui seroient impraticables avec une autre. Si je la laisse en toute confiance avec son ancien amant sous la seule garde de sa vertu, je serois insensé d’établir dans ma maison cet amant avant de m’assurer qu’il eût pour jamais cessé de l’être & comment pouvoir m’en assurer, si j’avois une épouse sur laquelle je comptasse moins ?

Je vous ai vue quelquefois sourire à mes observations sur