Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/221

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ou à son image & de ne point s’endurcir le cœur à l’aspect de ses miseres.

Voilà comment j’en use avec ceux qui mendient pour ainsi dire sans prétexte & de bonne foi : à l’égard de ceux qui se disent ouvriers & se plaignent de manquer d’ouvrage, il y a toujours ici pour eux des outils & du travail qui les attendent. Par cette méthode on les aide, on met leur bonne volonté à l’épreuve ; & les menteurs le savent si bien, qu’il ne s’en présente plus chez nous.

C’est ainsi, milord, que cette ame angélique trouve toujours dans ses vertus de quoi combattre les vaines subtilités dont les gens cruels pallient leurs vices. Tous ces soins & d’autres semblables sont mis par elle au rang de ses plaisirs & remplissent une partie du tems que lui laissent ses devoirs les plus chéris. Quand, après s’être acquittée de tout ce qu’elle doit aux autres, elle songe ensuite à elle-même, ce qu’elle fait pour se rendre la vie agréable peut encore être compté parmi ses vertus ; tant son motif est toujours louable & honnête & tant il y a de tempérance & de raison dans tout ce qu’elle accorde à ses desirs ! Elle veut plaire à son mari qui aime à la voir contente & gaie ; elle veut inspirer à ses enfans le goût des innocens plaisirs que la modération, l’ordre & la simplicité font valoir & qui détournent le cœur des passions impétueuses. Elle s’amuse pour les amuser, comme la colombe amollit dans son estomac le grain dont elle veut nourrir ses petits.

Julie a l’âme & le corps également sensibles. La même délicatesse regne dans ses sentimens & dans ses organes. Elle