Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/256

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uniquement de la force des passions qui nous animent ; & il est encore prouvé que tous les hommes sont, par leur nature, susceptibles de passions assez fortes pour les douer du degré d’attention auquel est attachée la supériorité de l’esprit.

Que si la diversité des esprits, au lieu de venir de la nature, étoit un effet de l’éducation, c’est-à-dire de diverses idées, des divers sentimens qu’excitent en nous des l’enfance les objets qui nous frappent, les circonstances où nous nous trouvons & toutes les impressions que nous recevons, bien loin d’attendre pour élever les enfans qu’on connût le caractere de leur esprit, il faudroit au contraire se hâter de déterminer convenablement ce caractere par une éducation propre à celui qu’on veut leur donner.

À cela il m’a répondu que ce n’étoit pas sa méthode de nier ce qu’il voyait, lorsqu’il ne pouvoit l’expliquer. Regardez, m’a-t-il dit, ces deux chiens qui sont dans la cour ; ils sont de la même portée. Ils ont été nourris & traités de même, ils ne se sont jamais quittés. Cependant l’un des deux est vif, gai, caressant, plein d’intelligence ; l’autre, lourd, pesant, hargneux & jamais on n’a pu lui rien apprendre. La seule différence des tempéramens a produit en eux celle des caracteres, comme la seule différence de l’organisation intérieure produit en nous celle des esprits ; tout le reste a été semblable… Semblable ? ai-je interrompu ; quelle différence ! Combien de petits objets ont agi sur l’un & non pas sur l’autre ! combien de petites circonstances les ont frappés diversement sans que vous vous en soyez aperçu !