Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/263

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pour cela que les premieres voix qui lui sont suggérées par la nature sont les cris & les plaintes ; qu’elle lui a donné une figure si douce & un air si touchant, afin que tout ce qui l’approche s’intéresse à sa foiblesse & s’empresse à le secourir ? Qu’y a-t-il donc de plus choquant, de plus contraire à l’ordre, que de voir un enfant impérieux & mutin, commander à tout ce qui l’entoure, prendre impudemment un ton de maître avec ceux qui n’ont qu’à l’abandonner pour le faire périr & d’aveugles parens approuvant cette audace l’exercer à devenir le tyran de sa nourrice, en attendant qu’il devienne le leur ?

Quant à moi je n’ai rien épargné pour éloigner de mon fils la dangereuse image de l’empire & de la servitude & pour ne jamais lui donner lieu de penser qu’il fût plutôt servi par devoir que par pitié. Ce point est, peut-être, le plus difficile & le plus important de toute l’éducation & c’est un détail qui ne finiroit point que celui de toutes les précautions qu’il m’a fallu prendre, pour prévenir en lui cet instinct si prompt à distinguer les services mercenaires des domestiques, de la tendresse des soins maternels.

L’un des principaux moyens que j’aye employés a été, comme je vous l’ai dit, de le bien convaincre de l’impossibilité où le tient son âge de vivre sans notre assistance. Après quoi je n’ai pas eu peine à lui montrer que tous les secours qu’on est forcé de recevoir d’autrui sont des actes de dépendance ; que les domestiques ont une véritable supériorité sur lui, en ce qu’il ne sauroit se passer d’eux, tandis qu’il ne leur est bon à rien ; de sorte que, bien loin de tirer vanité de