Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/301

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les séductions de Julie. Elle met toujours le sentiment à la place des raisons & le rend si touchant qu’il faut toujours l’embrasser pour toute réponse : ne serait-ce point de son maître de philosophie, ajouta-t-il en riant, qu’elle auroit appris cette maniere d’argumenter ?

Deux mois plustôt la plaisanterie m’eût déconcerté cruellement ; mais le tems de l’embarras est passé : je n’en fis que rire à mon tour ; & quoique Julie eût un peu rougi, elle ne parut pas plus embarrassé que moi. Nous continuâmes. Sans disputer sur la quantité du mal, Wolmar se contentoit de l’aveu qu’il falut bien faire, que, peu ou beaucoup, enfin le mal existe ; & de cette seule existence il déduisoit défaut de puissance, d’intelligence ou de bonté, dans la premiere cause. Moi, de mon côté, je tâchois de montrer l’origine du mal physique dans la nature de la matiere & du mal moral dans la liberté de l’homme. Je lui soutenois que Dieu pouvoit tout faire, hors de créer d’autres substances aussi parfaites que la sienne & qui ne laissassent aucune prise au mal. Nous étions dans la chaleur de la dispute quand je m’aperçus que Julie avoit disparu. Devinez où elle est, me dit son mari voyant que je la cherchois des yeux. Mais, dis-je, elle est allée donner quelque ordre dans le ménage. - Non, dit-il, elle n’auroit point pris pour d’autres affaires le tems de celle-ci ; tout se fait sans qu’elle me quitte & je ne la vois jamais rien faire. Elle est donc dans la chambre des enfans ? Tout aussi peu : ses enfans ne lui sont pas plus chers que mon salut. He bien ! repris-je, ce qu’elle fait, je n’en sais rien, mais je suis très sûr qu’elle