Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/312

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Leur table est couverte comme à Paris ; ils y mangent aux mêmes heures ; on leur y sert les mêmes mets avec le même appareil ; ils n’y font que les mêmes choses : autant valoit y rester ; car, quelque riche qu’on puisse être & quelque soin qu’on ait pris, on sent toujours quelque privation & l’on ne sauroit apporter avec soi Paris tout entier. Ainsi cette variété qui leur est si chére, ils la fuient ; ils ne connaissent jamais qu’une maniere de vivre & s’en ennuient toujours.

Le travail de la campagne est agréable à considérer & n’a rien d’assez pénible en lui-même pour émouvoir à compassion. L’objet de l’utilité publique & privée le rend intéressant ; & puis, c’est la premiere vocation de l’homme : il rappelle à l’esprit une idée agréable & au cœur tous les charmes de l’âge d’or. L’imagination ne reste point froide à l’aspect du labourage & des moissons. La simplicité de la vie pastorale & champêtre a toujours quelque chose qui touche. Qu’on regarde les prés couverts de gens qui fanent & chantent & des troupeaux épars dans l’éloignement : insensiblement on se sent attendrir sans savoir pourquoi. Ainsi quelquefois encore la voix de la nature amollit nos cœurs farouches ; & quoiqu’on l’entende avec un regret inutile, elle est si douce qu’on ne l’entend jamais sans plaisir.