Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/338

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geste, un mot, tout étoit fini. Vous vous étiez alarmé sans raison, vous vous êtes rassuré de même ; mais vous m’avez transmis la frayeur que vous n’avez plus & il se trouve qu’ayant eu de la force une seule fois en votre vie, vous l’avez eue à mes dépens. Depuis votre fatale lettre un serrement de cœur ne m’a pas quittée ; je n’approche point de Julie sans trembler de la perdre ; à chaque instant je crois voir sur son visage la pâleur de la mort ; & ce matin, la pressant dans mes bras, je me suis sentie en pleurs sans savoir pourquoi. Ce voile ! ce voile !… Il a je ne sais quoi de sinistre qui me trouble chaque fois que j’y pense. Non, je ne puis vous pardonner d’avoir pu l’écarter sans l’avoir fait & j’ai bien peur de n’avoir plus désormois un moment de contentement que je ne vous revoie aupres d’elle. Convenez aussi qu’apres avoir si long-tems parlé de philosophie, vous vous êtes montré philosophe à la fin bien mal à propos. Ah ! rêvez & voyez vos amis ; cela vaut mieux que de les fuir & d’être un sage.

Il paroit, par la lettre de Milord à M. de Wolmar, qu’il songe sérieusement à venir s’établir avec nous. Sitôt qu’il aura pris son parti là-bas & que son cœur sera décidé, revenez tous deux heureux & fixés ; c’est le vœu de la petite communauté & sur-tout celui de votre amie,

Claire d’Orbe.

P.S. Au reste, s’il est vrai que vous n’avez rien entendu de notre conversation dans l’Elysée, c’est