Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/346

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qu’ayant fait mettre les chevaux à huit heures, tu tardas de partir jusqu’à onze, non pour l’amour de nous, mais après avoir demandé vingt fois s’il en étoit dix, parce que c’est ordinairement l’heure où la poste passe.

Tu es prise, pauvre cousine ; tu ne peux plus t’en dédire. Malgré l’augure de la Chaillot, cette Claire si folle, ou plutôt si sage, n’a pu l’être jusqu’au bout : te voilà dans les mêmes las [1] dont tu pris tant de peine à me dégager & tu n’as pu conserver pour toi la liberté que tu m’as rendue. Mon tour de rire est-il donc venu ? chére amie, il faudroit avoir ton charme & tes grâces pour savoir plaisanter comme toi & donner à la raillerie elle-même l’accent tendre & touchant des caresses. & puis quelle différence entre nous ! De quel front pourrais-je me jouer d’un mal dont je suis la cause & que tu t’es fait pour me l’ôter ? Il n’y a pas un sentiment dans ton cœur qui n’offre au mien quelque sujet de reconnaissance & tout, jusqu’à ta foiblesse, est en toi l’ouvrage de ta vertu. C’est cela même qui me console & m’égaye. Il faloit me plaindre & pleurer de mes fautes ; mais on peut se moquer de la mauvaise honte qui te fait rougir d’un attachement aussi pur que toi.

Revenons au courrier d’Italie & laissons un moment les moralités. Ce seroit trop abuser de mes anciens titres ; car il est permis d’endormir son auditoire, mais non pas

  1. Je n’ai pas voulu laisser lacs, à cause de la prononciation genevoise remarquée par Mde. D’Orbe, dans la Lettre cinquieme de la sixieme partie.