Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/347

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de l’impatienter. Eh bien donc ! ce courrier que je fais si lentement arriver, qu’a-t-il apporté ? Rien que de bien sur la santé de nos amis & de plus une grande lettre pour toi. Ah ! bon ! je te vois déjà sourire & reprendre haleine ; la lettre venue te fait attendre plus patiemment ce qu’elle contient.

Elle a pourtant bien son prix encore, même après s’être fait désirer ; car elle respire une si… Mais je ne veux te parler que de nouvelles & surement ce que j’allois dire n’en est pas une.

Avec cette lettre, il en est venu une autre de Milord Edouard pour mon mari & beaucoup d’amitiés pour nous. Celle-ci contient véritablement des nouvelles & d’autant moins attendues que la premiere n’en dit rien. Ils devoient le lendemain partir pour Naples, où Milord a quelques affaires & d’où ils iront voir le Vésuve… Conçois-tu, ma chére, ce que cette vue a de si attrayant ? Revenus à Rome, Claire, pense, imagine… Edouard est sur le point d’épouser... non, grace au ciel, cette indigne marquise ; il marque, au contraire, qu’elle est fort mal. Qui donc ? Laure, l’aimable Laure, qui… Mais pourtant… quel mariage !… Notre ami n’en dit pas un mot. aussi-tôt après ils partiront tous trois & viendront ici prendre leurs derniers arrangements. Mon mari ne m’a pas dit quels ; mais il compte toujours que Saint-Preux nous restera.

Je t’avoue que son silence m’inquiete un peu. J’ai peine à voir clair dans tout cela ; j’y trouve des situations bizarres & des jeux du cœur humain qu’on n’entend gueres.