Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/359

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crois pas qu’en cette occasion l’entreprise exige une grande habileté de ma part. Je te propose donc de me laisser charger de cette négociation afin que tu puisses te livrer au plaisir que te fera son retour, sans mystere, sans regret, sans danger, sans honte. Ah ! cousine, quel charme pour moi de réunir à jamais deux cœurs si bien faits l’un pour l’autre & qui se confondent depuis si long-tems dans le mien ! Qu’ils s’y confondent mieux encore s’il est possible ; ne soyez plus qu’un pour vous & pour moi. Oui, ma Claire, tu serviras encore ton amie en couronnant ton amour ; & j’en serai plus sûre de mes propres sentiments, quand je ne pourrai plus les distinguer entre vous.

Que si, malgré mes raisons, ce projet ne te convient pas, mon avis est qu’à quelque prix que ce soit nous écartions de nous cet homme dangereux, toujours redoutable à l’une ou à l’autre ; car, quoi qu’il arrive, l’éducation de nos enfans nous importe encore moins que la vertu de leurs meres. Je te laisse le tems de réfléchir sur tout ceci durant ton voyage : nous en parlerons après ton retour.

Je prends le parti de t’envoyer cette lettre en droiture à Geneve, parce que tu n’as dû coucher qu’une nuit à Lausanne & qu’elle ne t’y trouveroit plus. Apporte-moi bien des détails de la petite république. Sur tout le bien qu’on dit de cette ville charmante, je t’estimerois heureuse de l’aller voir, si je pouvois faire cas des plaisirs qu’on achete aux dépens de ses amis. Je n’ai jamais aimé le luxe & je le hais maintenant de t’avoir ôtée à moi pour je ne sais