Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/360

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combien d’années. Mon enfant, nous n’allâmes ni l’une ni l’autre faire nos emplettes de noce à Geneve ; mais, quelque mérite que puisse avoir ton frere, je doute que ta belle-sœur soit plus heureuse avec sa dentelle de Flandre & ses étoffes des Indes que nous dans notre simplicité. Je te charge pourtant, malgré ma rancune, de l’engager à venir faire la noce à Clarens. Mon pere écrit au tien & mon mari à la mere de l’épouse, pour les en prier. Voilà les lettres, donne-les & soutiens l’invitation de ton crédit renaissant : c’est tout ce que je puis faire pour que la fête ne se fasse pas sans moi ; car je te déclare qu’à quelque prix que ce soit je ne veux pas quitter ma famille. Adieu, cousine : un mot de tes nouvelles & que je sache au moins quand je dois t’attendre. Voici le deuxieme jour depuis ton départ & je ne sais plus vivre si long-tems sans toi.

P.S. Tandis que j’achevois cette lettre interrompue, Mlle Henriette se donnoit les airs d’écrire aussi de son côté. Comme je veux que les enfans disent toujours ce qu’ils pensent & non ce qu’on leur fait dire, j’ai laissé la petite curieuse écrire tout ce qu’elle a voulu sans y changer un seul mot. Troisieme lettre ajoutée à la mienne. Je me doute bien que ce n’est pas encore celle que tu cherchois du coin de l’œil en furetant ce paquet. Pour celle-là, dispense-toi de l’y chercher plus longtemps, car tu ne la trouveras pas. Elle est adressée à Clarens ; c’est à Clarens qu’elle doit être lue : arrange-toi là-dessus.