Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/375

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s’en retourna comme un imbécile. Enfin ma vaine terreur s’en est allée avec ton mauvois visage. Ta santé, ton appétit, ont plus fait que tes plaisanteries & je t’ai vue si bien argumenter à table contre mes frayeurs, qu’elles se sont tout-à-fait dissipées. Pour surcroît de bonheur il revient & j’en suis charmée à tous égards. Son retour ne m’alarme point, il me rassure ; & sitôt que nous le verrons, je ne craindrai plus rien pour tes jours ni pour mon repos. Cousine, conserve-moi mon amie & ne sois point en peine de la tienne ; je réponds d’elle tant qu’elle t’aura… Mais, mon Dieu, qu’ai-je donc qui m’inquiete encore & me serre le cœur sans savoir pourquoi ? Ah ! mon enfant, faudra-t-il un jour qu’une des deux survive à l’autre ? Malheur à celle sur qui doit tomber un sort si cruel ! elle restera peu digne de vivre, ou sera morte avant sa mort.

Pourrais-tu me dire à propos de quoi je m’épuise en sottes lamentations ? Foin de ces terreurs paniques qui n’ont pas le sens commun ! au lieu de parler de mort, parlons de mariage, cela sera plus amusant. Il y a long-tems que cette idée est venue à ton mari & s’il ne m’en eût jamais parlé, peut-être ne me fût-elle point venue à moi-même. Depuis lors j’y ai pensé quelquefois, & toujours avec dédain. Fi ! cela vieillit une jeune veuve ; si j’avois des enfans d’un second lit, je me croirois la grand’mere de ceux du premier. Je te trouve aussi fort bonne de faire avec légereté les honneurs de ton amie & de regarder cet arrangement comme un soin de ta bénigne charité. Oh bien ! je t’apprends, moi, que toutes les raisons fondées sur tes