Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/378

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n’eût pu qu’être favorablement reçu ? En a-t-il jamais dit un mot à personne ? Dans nos tête-à-tête a-t-il jamais été question que de toi ? A-t-il jamais été question de moi dans les vôtres ? Puis-je penser que, s’il avoit eu là-dessus quelque secret pénible à garder, je n’aurois jamais apperçu sa contrainte, ou qu’il ne lui seroit jamais échappé d’indiscrétion ? Enfin, même depuis son départ, de laquelle de nous deux parle-t-il le plus dans ses lettres, de laquelle est-il occupé dans ses songes ? Je t’admire de me croire sensible, & tendre & de ne pas imaginer que je me dirai tout cela ! Mais j’aperçois vos ruses, ma mignonne ; c’est pour vous donner droit de représailles que vous m’accusez d’avoir jadis sauvé mon cœur aux dépens du vôtre. Je ne suis pas la dupe de ce tour-là.

Voilà toute ma confession, cousine : je l’ai faite pour t’éclairer & non pour te contredire. Il me reste à te déclarer ma résolution sur cette affaire. Tu connois à présent mon intérieur aussi bien & peut-être mieux que moi-même : mon honneur, mon bonheur, te sont chers autant qu’à moi & dans le calme des passions la raison te fera mieux voir où je dois trouver l’un & l’autre. Charge-toi donc de ma conduite ; je t’en remets l’entiere direction. Rentrons dans notre état naturel & changeons entre nous de métier ; nous nous en tirerons mieux toutes deux. Gouverne ; je serai docile : c’est à toi de vouloir ce que je dois faire, à moi de faire ce que tu voudras. Tiens mon ame à couvert dans la tienne ; que sert aux inséparables d’en avoir deux ?