Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/379

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Ah ça ! revenons à présent à nos voyageurs. Mais j’ai déjà tant parlé de l’un que je n’ose plus parler de l’autre, de peur que la différence du style ne se fît un peu trop sentir & que l’amitié même que j’ai pour l’Anglois ne dît trop en faveur du Suisse. & puis, que dire sur des lettres qu’on n’a pas vues ? Tu devois bien au moins m’envoyer celle de Milord Edouard ; mais tu n’as osé l’envoyer sans l’autre & tu as fort bien fait… Tu pouvois pourtant faire mieux encore… Ah ! vivent les duegnes de vingt ans ! elles sont plus traitables qu’à trente.

Il faut au moins que je me venge en t’apprenant ce que tu as opéré par cette belle réserve ; c’est de me faire imaginer la lettre en question… cette lettre si… cent fois plus si qu’elle ne l’est réellement. De dépit je me plois à la remplir de choses qui n’y sauroient être. Va, si je n’y suis pas adorée, c’est à toi que je ferai payer tout ce qu’il en faudra rabattre.

En vérité, je ne sais après tout cela comment tu m’oses parler du courrier d’Italie. Tu prouves que mon tort ne fut pas de l’attendre, mais de ne pas l’attendre assez long-tems. Un pauvre petit quart d’heure de plus, j’allois au-devant du paquet, je m’en emparois la premiere, je lisais, le tout à mon aise & c’étoit mon tour de me faire valoir. Les raisins sont trop verts. On me retient deux lettres ; mais j’en ai deux autres que, quoi que tu puisses croire, je ne changerois sûrement pas contre celle-là, quand tous les si du monde y seraient. Je te jure que si celle d’Henriette ne tient pas sa place à côté de la tienne,