Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/406

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de chute à qui ne tient plus à rien. Un homme ardent & sensible, jeune & garçon, veut être continent & chaste ; il sait, il sent, il l’a dit mille fois, que la force de l’ame qui produit toutes les vertus tient à la pureté qui les nourrit toutes. Si l’amour le préserva des mauvaises mœurs dans sa jeunesse, il veut que la raison l’en préserve dans tous les tems ; il connaît pour les devoirs pénibles un prix qui console de leur rigueur ; & s’il en coûte des combats quand on veut se vaincre, fera-t-il moins aujourd’hui pour le Dieu qu’il adore, qu’il ne fit pour la maîtresse qu’il servit autrefois ? Ce sont là, ce me semble, des maximes de votre morale ; ce sont donc aussi des regles de votre conduite : car vous avez toujours méprisé ceux qui, contens de l’apparence, parlent autrement qu’ils n’agissent & chargent les autres de lourds fardeaux auxquels ils ne veulent pas toucher eux-mêmes.

Quel genre de vie a choisi cet homme sage pour suivre les loix qu’il se prescrit ? Moins philosophe encore qu’il n’est vertueux & chrétien, sans doute il n’a point pris son orgueil pour guide. Il sait que l’homme est plus libre d’éviter les tentations que de les vaincre & qu’il n’est pas question de réprimer les passions irritées, mais de les empêcher de naître. Se dérobe-t-il donc aux occasions dangereuses ? Fuit-il les objets capables de l’émouvoir ? Fait-il d’une humble défiance de lui-même la sauve-garde de sa vertu ? Tout au contraire, il n’hésite pas à s’offrir aux plus téméraires combats. À trente ans, il va s’enfermer dans une solitude avec des femmes de son âge, dont une lui