Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/418

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LETTRE VII.


DE SAINT PREUX À MDE. DE WOLMAR.


Julie ! une lettre de vous !.... Après sept ans de silence.... oui, c’est elle ; je le vois, je le sens : mes yeux méconnaîtraient-ils des traits que mon cœur ne peut oublier ? Quoi ! vous vous souvenez de mon nom ! vous le savez encore écrire !… En formant ce nom [1], votre main n’a-t-elle point tremblé ? Je m’égare & c’est votre faute. La forme, le pli, le cachet, l’adresse, tout dans cette lettre m’en rappelle de trop différentes. Le cœur & la main semblent se contredire. Ah ! deviez-vous employer la même écriture pour tracer d’autres sentiments ?

Vous trouverez peut-être que songer si fort à vos anciennes lettres, c’est trop justifier la derniere. Vous vous trompez. Je me sens bien ; je ne suis plus le même, ou vous n’êtes plus la même ; & ce qui me le prouve est qu’excepté les charmes & la bonté, tout ce que je retrouve en vous de ce que j’y trouvais autrefois m’est un nouveau sujet de surprise. Cette observation répond d’avance à vos craintes. Je ne me fie point à mes forces, mais au sentiment qui me dispense d’y recourir. Plein de tout ce qu’il faut que j’honore en celle que j’ai cessé d’adorer, je sais à quels respects doivent s’élever mes anciens hommages. Pénétré de la plus

  1. On a dit que St. Preux étoit un nom controuvé. Peut-être le véritable étoit-il sur l’adresse.